Prix Journalisme & Société.

Prix Journalisme & Société.

Une table-ronde et quatre catégories récompensées
A l’occasion de sa seconde édition, le Prix Journalisme & Société a rassemblé des professionnels des médias ainsi que des collégiens au cours d’une soirée, qui s’est tenue à la préfecture de l’Isère. Avec, en clôture, une table-ronde sur le « journalisme bashing » qui a réuni plusieurs rédactions locales (France 3 Alpes, TéléGrenoble, Le Dauphiné libéré) ainsi que la codirectrice de l’Ecole de journalisme de Grenoble.

Isabelle Doucet et Marie Lyan

Le Club de la presse de Grenoble a récompensé, mardi 19 mars à la préfecture de l’Isère, les lauréats du Prix Journalisme et Société. Face à la défiance généralisée, la distinction de professionnels et de collégiens ayant travaillé sur ces thèmes en 2018 redonne ses lettres de noblesse à la presse, souvent conspuée. « Mais la route est longue pour vaincre la peur de l’autre », ont rappelé en introduction Marie Lyan, coprésidente du club, et Isabelle Doucet, administratrice du club et cheville ouvrière du Prix.

Le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Frédéric Potier, a remis en présence du préfet de l’Isère, Lionel Beffre, le prix de la catégorie presse écrite destiné à Louise Couvelaire (Le Monde) et celui de la catégorie audiovisuelle à Anne Mignard (journaliste indépendante). La première pour une enquête sur les nouveaux visages de l’antisémitisme publiée dans Le Monde et la seconde pour un reportage sur l’homosexualité en Tunisie diffusé dans « Un jour dans le monde » sur France Inter.

Anne Mignard et Frédéric Potier.

Pour le prix collégiens, c’est la vice-présidente du Département de l’Isère, Martine Kohly qui a récompensé Amandine Leothaud et Laura Pisa du collège Alexandre-Fleming (Sassenage), pour leur vidéo sur le harcèlement, ainsi qu’Aélita Desgrippes du collège Aimé-Césaire (Grenoble), pour son dessin sur l’égalité homme-femme.

Martine Kohly, Amandine Leothaud, Laura Pisa et Aélita Desgrippes.

Table ronde sur le « journalisme bashing »

Le Prix s’inscrivant dans un contexte difficile pour la presse – incendie de France Bleu Isère, d’un émetteur radio à Jarrie, agression dans les bureaux du Dauphiné libéré à Thonon-les-Bains… –, la table ronde de la soirée a été consacrée au « journalisme bashing ».
Autour de Marie Lyan, cinq invités ont échangé sur la question : André Faucon, délégué régional responsable de l’antenne de France 3 Alpes ; Emilie Imbert, directrice départementale du Dauphiné libéré ; Thibault Leduc, rédacteur en chef à TéléGrenoble ; Roselyne Ringoot, codirectrice de l’Ecole de journalisme de Grenoble (EJDG) et la lauréate du prix audiovisuel, Anne Mignard.

Marie Lyan, Anne Mignard, André Faucon, Thibault Leduc, Roselyne Ringoot et Emilie Imbert.

Avec la crise des Gilets jaunes, les agressions se sont multipliées. « J’ai déjà dû déposer six plaintes et nous avons été obligés d’investir dans des kits de protection pour partir en reportage, avec parfois un vigile, c’est une première, a d’emblée indiqué André Faucon, dépité. Quelque chose a changé. » Roselyne Ringoot admet que pour la première fois, l’EJDG a commencé à parler de sécurité aux étudiants, et fait référence à l’école de journalisme de Bordeaux, qui a interdit aux élèves de couvrir les manifestations de Gilets jaunes. Face à la critique violente des médias, BFMTV notamment, « qui focalise la haine de la population et qui le fait payer à tous les médias », selon Thibault Leduc, ce dernier espère que c’est la proximité qui pourra inverser la tendance. Mais André Faucon relativise en rappelant que les agressions ont aussi touché la PQR. Ayant couvert pour M6 une manifestation de Gilets jaunes, Anne Mignard, a rapporté l’incohérence de certains d’entre eux, « qui se plaignent du traitement de l’info par BFM, mais qui avouent en être téléspectateurs ! J’ai retrouvé ce jour-là, avec tous ces échanges dans cette manifestation, le goût de mon métier ». Et d’insister sur le fait que « pour échanger, il faut avant tout des moyens et du temps… »
La nécessité de prendre le temps s’est elle aussi imposée au sujet des fake news. « Face à une série de mensonges proférés en direct par un représentant de l’extrême droite, on ne peut pas répondre dans l’urgence, on n’a pas de temps de tout vérifier ! » s’est insurgée Anne Mignard. André Faucon constate qu’il y a en plus « un décalage entre une certaine presse, notamment sur Internet, et une partie de la population. Certains médias traditionnels, pour se démarquer, cherchent hélas à faire du spectaculaire et un peu moins de réflexion. Les JT de France 2 et France 3 ont, eux, choisi depuis quelques mois de prendre du recul et pour ne pas se couper des jeunes, notamment en décryptant les fake news ». Le responsable de l’antenne de France 3 Alpes a ensuite profité de la présence de collégiens à cette remise des prix pour les mettre en garde : « Ne vous faites attraper par des sites qui présentent des faits non conformes à la réalité ; leur vérification, c’est la plus-value du journalisme. » Avec pour illustration, l’affaire du « CRS voleur de tee-shirts », un document à charge qui a d’abord circulé sur les réseaux, avant d’être analysé par la presse et expliqué au public (le policier aurait mis des « preuves » dans son sac).

Anne Mignard, André Faucon et Thibault Leduc.

A plusieurs reprises, les intervenants de la soirée ont appuyé, dans le prolongement des propos de Frédéric Potier et de Lionel Beffre, l’importance de l’éducation aux médias, en pleine Semaine de la presse à l’école. Emilie Imbert rappelle que Le Dauphiné libéré a un partenariat avec le rectorat « pour faire voir aux jeunes ce qu’est le journalisme » et s’insurge contre les faits alternatifs de Trump : « Seules les analyses peuvent être alternatives ! » Et la directrice départementale du journal d’admettre qu’« avec les Gilets jaunes, une saine remise en question est née dans les médias. Du coup, on essaie d’expliquer aux lecteurs comment se fait l’info ».
Thibault Leduc s’est ensuite demandé s’il ne serait pas utile que les journalistes investissent à l’avenir les réseaux sociaux pour faire office de « filtres » de l’info. « Cela ferait un peu bureau de vérification de l’information ! » a déclaré André Faucon, qui pense qu’en parallèle doivent être repensés les critères d’attribution de la carte de presse, qui ne tiennent compte que des revenus et pas de l’audience. Roselyne Ringoot, elle, estime que cette question de « faire un conseil de presse, c’est un peu l’arlésienne. Dans les écoles de journalisme, la déontologie est là depuis longtemps ; il est crucial de continuer à expliquer ce que l’on fait ».
Clôturant la soirée, l’allocution du préfet de l’Isère a rappelé quelques chiffres, dont l’augmentation en 2018 de 78 % du nombre d’actes antisémites, après deux années de baisse, « une atteinte grave à la République. Le combat doit être mené par tous et à plusieurs niveaux ». Et de finir sur une note optimiste : « Heureusement, la prise de conscience est déjà là dans la jeunesse. »

Texte : Frédéric Baert

Photos : Gilles Galoyer

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