#PJS2020 : Des enjeux sociétaux qui mobilisent toujours

#PJS2020 : Des enjeux sociétaux qui mobilisent toujours

A l’occasion de la 3e édition du prix Journalisme & Société 2020, le Club de la presse de Grenoble a dévoilé une sélection très féminine, qui effectue une plongée dans les racines du racisme, de l’antisémitisme, ou encore des discriminations. Avec, au cours des échanges en visioconférence avec les lauréat.e.s de cette édition, des questionnements qui reviennent. Quel traitement pour les enjeux de société par les médias d’aujourd’hui ?

Jusqu’où peut aller l’humour quand on traite du racisme dans un dessin de presse ? Comment parler de l’antisémitisme autrement, sans pathos ni victimisation ? Quelle couverture médiatique pour tous ceux qui sont discriminés par leur origine sociale ou leur couleur de peau ?

Autant de questions qui ont été soulevées le 30 juin dernier, avec les lauréats et tous les partenaires mobilisés pour la remise en visioconférence de cette 3e édition du prix « Journalisme & société contre les discriminations, les inégalités, le racisme et l’antisémitisme» (#PJS2020), organisé par le Club de la presse de Grenoble et de l’Isère en partenariat avec la Dilcrah*, le Département de l’Isère et l’Université Grenoble Alpes.

Les jurys avaient délibéré depuis février dernier pour choisir, dans chaque public ciblé (collégiens, étudiants et journalistes professionnels) et sous-catégories (print/ web, web/ vidéo, dessins de presse), les cinq meilleures contributions présentées parmi une cinquantaine de dossiers reçus pour cette édition 2020. Confinement oblige, il aura fallu que le jury patiente ensuite pour proclamer les résultats, afin de pouvoir les présenter lors d’une visioconférence qui s’est tenue le mardi 30 juin dernier sur Zoom, grâce à un studio vidéo monté pour l’occasion au sein du Club. Avec à la clé, 3 600 euros de dotations à remettre aux cinq lauréats.

Prix collégiens : tous concernés 

Après avoir rappelé les origines et les objectifs de ce prix, Marie Lyan, présidente du Club de la Presse 38 et Isabelle Doucet, porteuse du projet, ont donné la parole à Martine Kholy, vice-présidente du Département chargée de la jeunesse, de la vie associative et du devoir de mémoire, pour introduire le prix « Collégiens ». Ces derniers se sont particulièrement mobilisés cette année,  avec 11 collèges participants et même, des classes entières. « Cela fait environ 200 élèves qui ont planché sur ce thème des inégalités : des réalités proches et qui se sont encore plus révélées durant la crise sanitaire, a rappelé l’élue. A travers notre plan Jeunesse et citoyenneté et le Pass isérois du collégien citoyen, nous souhaitons leur donner des outils pour réfléchir à ces questions sensibles et lutter contre le racisme et toutes les formes de discriminations. Avec ce prix, ils deviennent en quelque sorte des ambassadeurs. »

Les 23 élèves  de 6e B du collège Vercors de Grenoble, réunis pour l’occasion à l’écran, ont prouvé leur capacité à jouer ce rôle : ils ont réalisé tout un magazine où ils abordent sans complaisance, sous forme journalistique,  les discriminations, le racisme, l’homophobie ou encore le harcèlement. Réalisé en classe avec trois de leurs enseignants, ce hors-série de Vercors Mag a reçu le prix pour la catégorie print-web.

Dans la catégorie dessins de presse,  la classe de 3e4 du collège Jongkind de la Côte Saint-André s’est illustrée par la création très humoristique de Tatiana Dumas sur l’égalité hommes-femmes dans le rugby. Supervisé par le dessinateur de presse Lara, le projet a été l’occasion d’échanges très riches sur le racisme et la difficulté à réaliser un dessin de presse sur des sujets brûlants : « On a pu voir parfois les frontières très fines entre les élèves », relate l’un des enseignants.

Prix étudiants UGA : dire autrement la Shoah

Place ensuite à Yann Echinard, vice-président et Muriel Jakobiak, chargée de communication à l’Université Grenoble Alpes pour présenter les lauréats de la toute nouvelle catégorie « étudiants », venue s’ajouter en 2020 à la suite du partenariat noué avec le Club de la Presse 38.

«Pour nous, soulignent-ils, c’était une évidence que les étudiants participent. Les discriminations liées à la maladie, au handicap, aux origines sont flagrantes : on doit alerter et accompagner cette génération vers une société plus égalitaire. »
Parmi les quatorze productions reçues, celle de Rita Meyer-Peyracchia, étudiante à Sciences Po Grenoble sur la Shoah s’est démarquée tant par la forme, très esthétique et poétique, que par le fond.

La jeune auteure-compositeur-interprète slame sur l’antisémitisme sur fond d’images en noir et blanc rapportées de sa récente visite à Auschwitz, en Pologne : « Les médias ont tendance à vouloir apporter des réponses toutes faites à cette question. Selon moi, il faut sortir du pathos et présenter les faits sans particularisme, pour amener les gens à s’interroger. »

Prix journalistes professionnels : aux racines du mal 

Pour finir, Zied Ounissi, représentant de la Dilcrah, a introduit les deux lauréates de la catégorie journalistes professionnels. Côté web et audio, Clémentine Meténier, journaliste free-lance grenobloise, a été primée pour son reportage sur le quotidien d’un mineur non accompagné, paru sur le magazine en ligne du Secours Catholique.
« Pendant six mois, j’ai suivi Moussa avec un photographe, Pablo Chignard. Il a fallu gagner sa confiance, passer du temps. C’est un format long, ce qui est rare dans la presse et peu rémunérateur. Mais le rôle des médias, c’est de donner des clés de compréhension au lecteur. La façon dont on traite ces questions me met souvent en colère », a rappelé la journaliste.

La douloureuse problématique de l’exil et des migrations était aussi au cœur de l’article de Maïa Courtois sur Actualités sociales hebdomadaires, primé dans la catégorie print-web. La jeune journaliste, diplômée en 2018 de l’école de journalisme de Sciences Po, raconte son épopée en janvier 2019 à la frontière franco-italienne, au col de Montgenèvre, au plus près des réfugiés clandestins et de la solidarité citoyenne.

Elle aussi aurait voulu plus de temps : « On ne donne pas assez la parole aux personnes concernées par les discriminations. La difficulté sur ce reportage était de préserver l’anonymat des migrants et des citoyens solidaires face aux forces de l’ordre, qui ont une vision opposée à la leur. Je les ai tous interrogés mais il me faudrait y retourner. »

Cette année encore, le prix #PJS2020 aura donc mis en valeur et permis l’échange autour du traitement journalistique de plusieurs questions de société, ainsi qu’une sensibilisation des plus jeunes. Le Club de la Presse 38 remercie chaleureusement l’ensemble des participants (partenaires, lauréats, équipe d’organisation et jury) pour la tenue de cette 3e édition.

Texte : Véronique Granger

Photos : Gilles Galoyer