Anne Mignard lauréate du Prix du Club de la presse : « La répression des homosexuels n’est malheureusement pas pour moi un sujet nouveau »

Anne Mignard lauréate du Prix du Club de la presse : « La répression des homosexuels n’est malheureusement pas pour moi un sujet nouveau »

Comment avez-vous eu connaissance du prix du Club de la presse de Grenoble ?

Pour financer mes projets de reportages à l’étranger, j’étais à la recherche de bourses. L’idée était de mettre en avant mes précédents reportages pour payer les billets d’avion et l’hébergement pour de nouvelles missions.

– Comment avez-vous eu l’idée de ce sujet ?

La répression des homosexuels n’est malheureusement pas pour moi un sujet nouveau. Je l’ai déjà traité en Russie. Mais, à la différence des gens interviewés à Moscou, en Tunisie, j’ai découvert ce qu’il advenait des homosexuels issus de classes populaires.

– Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour réaliser ce reportage ?

Outre les difficultés financières propres à tout projet de reportage en freelance, seule la barrière de langue aurait pu être le principal écueil. Mais heureusement j’ai interviewé soit des gens maitrisant le français ou l’anglais, soit des interlocuteurs accompagnés de personnes pouvant traduire l’arabe en français.

– Cela a-t-il été facile de le proposer aux médias Français ?

Ça n’est jamais facile, et je dirais même que cela représente entre un quart et un tiers du temps de travail pour un reportage. A chaque sujet, il faut écrire un synopsis, avec l’écriture, la patte, l’angle du média auquel on souhaite vendre le reportage. Il faut régulièrement se tenir au courant des créations ou disparitions de magazines, tout comme des nominations ou départs des responsables.

– Qu’est-ce que les discriminations à l’étranger et l’homophobie nous apprennent sur la situation en France ?

Que l’argent et le passeport font malheureusement la différence. Des européens se rendent régulièrement dans des pays comme la Tunisie, où l’homosexualité est interdite. Ils n’ont jamais de problème. En France aussi, il est, je crois, plus facile d’être un homosexuel quadra parisien avec une belle situation professionnelle qu’un jeune sans emploi qui vit à la campagne.

– En Tunisie, les choses évoluent-elles ?

Je ne connais pas encore assez ce pays pour pouvoir vous répondre. Depuis la chute de Ben Ali, la Tunisie se cherche, bouge, s’interroge. Aujourd’hui, tout le monde y a un avis sur la situation et l’avenir du pays et ne se prive pas de le donner. Ils savent aussi que la démocratie a un prix qu’ils ressentent au quotidien et pour le moment semblent être près à vouloir le payer.

– Suite au prix, votre reportage a-t-il eu une deuxième vie ?

Pas que je sache, j’ai bien entendu prévenu les personnes que l’on entend dans le reportage. J’aime à penser que ce prix leur donnera du courage dans leur combat quotidien.

– Quels sont vos projets ?

J’ai posé mes valises au Maroc pour quelques temps. Un pays qui change aussi et que je souhaite découvrir au quotidien. Atteinte d’une « bougeotte » aigue, il ne serait pas étonnant que je m’envole par la suite pour d’autres destinations.

Dans La gloire de mon père, Edmond des Parpaillou, explique au petit Marcel que « l’homme veut toujours voir ce qu’il y a derrière ». J’ai fait mienne cette maxime et j’y rajoute « pour pouvoir le raconter ».

Propos recueillis par Isabelle Doucet

Photo : Gilles Galoyer

 

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